CHILI. Les Temps Modernes

PRESENTATION

Depuis deux ans, le Chili vit par et pour la lutte politique. Tout lui est subordonné. Ce dossier ne fera pas exception à la règle : il se borne à une présentation politique du processus révolutionnaire chilien. Et encore; certains aspects ont été passés sous silence. Le problème de l'impérialisme, par exemple, a été sacrifié. Non parce que son importance serait secondaire, mais parce qu'il est sans doute mieux connu, mieux analysé à l'étranger (1), et parce que son incidence sur la lutte des classes interne est restée limitée.

On ne peut pas en dire autant de la dynamique des classes et des forces politiques qui s'affrontent. En ce domaine, et bien que l'on s'en défende, l'analogie formelle des situations politiques (Unité Populaire-Union Populaire, etc.) qui a été entretenue à dessein par le réformisme, aboutit presque inévitablement à "voir" le Chili à partir de la France. Cette terre lointaine devient le lien abstrait ou s'affrontent par anticipation les acteurs d'un possible processus d'Union Populaire. Quelle est la formation de la gauche révolutionnaire française qui, au fond, ne prétende s'assimiler au M.I.R. et en jouer le rôle ? Par là, la dimension réelle de la lutte aiguë qui s'y livre, sa richesse et ses enseignements, se vident de tout contenu. Il y avait une manière d'y échapper : laisser la parole aux Chiliens, aux ouvriers, aux dirigeants et aux théoriciens révolutionnaires. En publiant diverses analyses, des documents, des débats, parmi les plus significatifs de ces douze derniers mois, nous avons cherché à faire apparaître, ne serait-ce qu'en filigrane, la spécificité de leur histoire. En second lieu, comme tout processus révolutionnaire, celui du Chili pose avec acuité le problème du pouvoir, de l'hégémonie de la bourgeoisie et de son renversement. Tel est l'axe de ce numéro : l'affrontement des classes, et l'évolution des principaux agents sociaux depuis septembre 1970 (la classe dominante, le prolétariat, l'armée (2)). Et aussi les polémiques au sein de la gauche, auteur de la nature réelle de cette "révolution insolite (3)" et de la prise du pouvoir.

L'état d'urgence, réel ou symbolique, est devenu la norme au Chili. Avec la guerre civile de plus en plus "probable" et la menace toujours présente de la répression qu entraînerait un changement du rapport des forces dans l'appareil' d'Etat et dans le mouvement de masse, la classe ouvrière et les révolutionnaires chiliens ont maintenant une large expérience du prix que la bourgeoisie entend faire payer pour la conquête du pain et des roses. Et ce prix sera d'autant plus élevé que la possibilité d'atteindre cet objectif deviendra plus réelle. A tous les camarades qui, la-bas, se battent résolument pour y parvenir, qu'on nous permette, sans "mélo" mais aussi sans fausse pudeur, de dédier ce numéro.

Yves Kerhuel.

Paris, 10 mai 1973.


Notes:

1. Cf. le livre d'Alain Labrousse : L'expérience chilienne (Ed. du Seuil)

2. Les luttes des paysans et des "pobladores" (habitants des bidonvilles et taudis) feront l'objet d'articles dans un numéro ultérieur (N.D.L.R.).

3. Selon Fidel Castro.


Edición digital del Centro Documental Blest. 30mar05
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