Mass media, idéologies et mouvement révolutionnaire


IV. MEMORANDUM

Ces réflexions paraissent peut-être quelque peu générales à ceux qui, sans oser le professer ouvertement, vivent et soutiennent le projet bureaucratique. Elles peuvent certes être générales pour qui dans ses analyses et ses préoccupations, fait abstraction des contradictions objectives et subjectives qui empêchent la fluidité, le fonctionnement journalier d'un projet révolutionnaire. Elles paraissent générales pour la bonne raison qu'elles ne vont pas lui fournir les solutions qui lui permettraient de surmonter l'un après l'autre les inconvénients conjoncturels et rationaliser a posteriori ses actions ou ses agissements pragmatiques. Ici, manque d'audience ; là, distribution anarchique ou boycott. Elles semblent générales et de plus, elles semblent provenir d'une conscience critique qui se retire du jeu pour le transcender et ne pas se laisser prendre dans ses filets.

Or personne n'échappe à ce conditionnement ; personne ne peut éviter cette empreinte que laissent les contradictions objectives du processus. Pour citer un ami, ou nous sommes tous l'aspirine ou nous sommes tous le mal de tête. Dans le processus de construction du socialisme, il est difficile de « séparer le bon grain de l'ivraie » ; il est impossible d'isoler en des termes manichéistes les signes positifs et les signes négatifs. Prétendre qu'il existe déjà des signes positifs c'est nier une situation qui évolue et croire et vouloir faire croire que la révolution et la nouvelle culture non seulement vont bon train, mais qu'elles sont déjà faites, cristallisées.

Après avoir caractérisé quelques-uns des problèmes théoriques et pratiques qui, nous semble-t-il, ont affecté l'appareil de communication des forces de gauche, nous soulignerons quelques points qui nous paraissent particulièrement délicats et qu'il est important de définir quand on se propose d'élaborer une stratégie explicite pour affronter efficacement la tâche idéologique. Il va sans dire que ces points découlent de nos considérations antérieures et qu'il faut les resituer dans celles-ci pour éviter de tomber dans le jeu formel des propositions bureaucratiques. Pour beaucoup, le spectacle qu'offre la communication de masse de la gauche est désolant. Mais pour en arriver à cette conclusion, ils se réclament des paramètres les plus divers. C'est ainsi qu'un secteur de la presse de gauche se trouve accusé d'utiliser un langage qui ne fait que reproduire le schéma de la presse bourgeoise et ne s'efforce pas de livrer la nouvelle en des termes plus propices à soutenir et alimenter un processus de prise de conscience. Continuons à énumérer les critiques: un critère chauvin dans le maniement de l'information et le mépris corrélatif de l'internationalisme prolétarien, la planitude de la diagrammation des journaux et des revues, le peu d'habileté et la faible imagination que révèlent les programmes de télévision, l'incapacité à saisir la réalité quotidienne, la difficulté à échapper aux critères sensationnalistes pour sélectionner les nouvelles et les matières d'information ; l'absence d'analyse politique, la difficulté à déterminer une ligne propre, la difficulté aussi à demeurer conséquent avec cette ligne — quand elle est de loin en loin découverte — dans les moindres détails, la faible aptitude à profiter de la conjoncture, le manque d'organisation de la réception de l'information, la pléthore d'organes de gauche, la compétition à laquelle ils se livrent, la saturation de messages pamphlétaires qui en résulte. On ne peut cependant nier que cette période a vu naître, ou a assisté à la seconde naissance de produits culturels qui représentent l'alternative qui faisait auparavant défaut. La rationalité de l'homme de gauche, encore hypothéquée par un système qui demeure marqué par une idéologie dominante adverse, tend à établir ses propres lignes d'expression. Les organisations de masse ont par exemple maintenant accès à des textes politiques, la Confédération des Travailleurs du Chili a conquis, grâce à une station de radio, le droit à une audience publique. Les appréciations positives ou négatives sont toutes fondées sur des faits réels. Néanmoins avant d'émettre un jugement, il faut tenir compte d'une prémisse essentielle: une revue, un programme de télévision ne feront pas la révolution. S'ils ont leur rôle à jouer dans la lutte suprestructurelle, leur dynamique révolutionnaire ne peut être féconde que lorsqu'il y a un processus de mobilisation massive à accompagner. Pour que l'appareil de communication puisse aider le processus de mobilisation, il faut avoir au préalable surmonté beaucoup d'obstacles, avant de s'aventurer dans le problème substantiel des nouveaux contenus et des nouvelles formes, qu'il ne nous appar. tient pas d'approfondir ici.

L'ABSENCE DE PLANIFICATION

Comme nous l'avons vu, c'est le système dans lequel se meut la bourgeoisie qui donne de la cohérence et confère un caractère naturel à ses messages apparemment chaotiques. Grâce à son métabolisme, ce système peut se permettre de récupérer tous les coups non planifiés des forces de gauche [1] . Toute émission non planifiée de ces dernières constitue en effet, dans un système qui continue à contrôler les grands signifiés et les clés de la communication quotidienne, une victoire inespérée pour la bourgeoisie et l'impérialisme. Sans planification, pas de possibilité pour les récepteurs de décoder systématiquement les messages de la communication de masse en fonction de la lutte des classes. Pour les forces de gauche, la plani-cation de la communication revêt un caractère aussi vital que l'anarchie apparente pour la classe dominante. Planifier, c'est accorder au public la possibilité de déchiffrer les messages en fonction d'un plan de signification des phénomènes et des faits les plus banals qui les rattache à la problématique de la lutte des classes que nous vivons.

Depuis le début du gouvernement populaire, ont été créées un bon nombre de commissions qui ont reçu pour tâche de planifier l'action de la communication. Elles ont toutes été créées au niveau de la superstructure de l'Etat et composées de parlementaires de gauche, de directeurs de chaînes de télévision et d'experts en communication de masse. C'est ainsi que se formèrent la commission de diffusion et la sous-commission de moyens de communication de "masse. Une question fondamentale se pose: ces organismes sont-ils ceux qui conviennent le mieux pour réussir à coordonner la pratique de communication des forces de gauche ? autrement dit, ces commissions, pour nécessaires qu'elles soient, sont-elles suffisamment soutenues par une infrastructure qui leur permette de conférer à leur coordination un sens et un contenu ? Si ce soutien n'est pas assuré, ces commissions risquent de ne pouvoir planifier — ou plutôt en fait de ne pouvoir improviser — qu'en cas d'urgence et de n'accomplir qu'un travail de pompiers. Même si, dans cette perspective, ces commissions se transformaient en une sorte de ministère de l'information, leur action risquerait de ne pas répondre aux besoins réels et permanents d'une programmation d'édition, de télévision, etc..

En quoi consiste cette possible infrastructure? Quels sont les points d'appui qui pourraient faire perdre au travail de planification son caractère épiphénoménique ? Quelles sont les institutions qui pourraient constituer des groupes de pression, conscients et organisés, chargés de conférer un contenu souple et permanent aux actions de ces organismes responsables de toute la coordination de la communication, au niveau du Gouvernement ? Les institutions qui, à l'heure actuelle, seraient susceptibles de constituer ces groupes de pression, présentent de graves défauts, dont deux fondamentaux: d'abord l'incapacité de planifier et de coordonner leur propre production (beaucoup de ces institutions n'ont pas encore trouvé le critère qui assurerait la cohérence de leur production), et d'autre part, l'isolement dans la sphère bureaucratique, la séparation des masses. Parmi ces institutions, se trouvent la chaîne nationale de télévision, Chile Films et la maison d'édition de l'Etat. Du point de vue de leur situation interne, ces institutions ont atteint des degrés différents de maturité politique, et sont en train de mettre en place des mécanismes qui permettent de remédier aux deux carences que nous venons de signaler, tout en respectant la spécificité des moyens qu'elles manient. Dans ces institutions, la pression qu'exercent les travailleurs à travers les comités de production, est très inégale. Ils s'affrontent en effet à des alternatives de participation assez dissemblables. Pour remédier au premier défaut, il faut établir des bureaux ou des organismes de planification à l'intérieur même de ces institutions, ayant pour but:

1) De faire converger vers l'institution tant les informations qui émanent du Gouvernement que celles qui procèdent des institu tions les plus diverses (organisations de masse, centres de recherche universitaires...) qui sont susceptibles d'alimenter les sources d'émis sion de messages.

Pour supprimer le manque de relation entre la communication « artisanale » de base et l'appareil de communication superstructurelle — et précisément pour sauver ce dernier de cet écueil — il faut envisager la nécessité de faire converger systématiquement vers les organes de diffusion massive, les informations et les analyses contenues dans les journaux de fabriques, (qui existent déjà en grand nombre), dans les journaux élaborés dans les centres de réforme agraire, etc. En même temps, pour parfaire l'efficacité de la lutte idéologique, il serait urgent de procéder à l'évaluation de tous ces moyens considérés habituellement comme secondaires. Cette opération devrait également se répéter au niveau des institutions d'Etat (agriculture, mines) qui élaborent et divulguent elles aussi de l'information d'une manière très souvent parallèle et anarchique. C'est ainsi par exemple qu'il a fallu attendre le mois de janvier 1972 pour qu'on commence à coordonner l'action des différents organismes du secteur agraire pour essayer de lui conférer une plus grande efficacité, non seulement technique, mais aussi politique, ce qui-s'avère bien plus ardu.

2) D'effectuer l'analyse systématique des produits de l'offensive idéologique de la bourgeoisie afin d'organiser une réponse et d'éta blir des projections.

3) De procéder à l'analyse critique du contenu des propres produits de l'institution et estimer leurs effets anthropologico-politiques sur les divers types de public.

4) De faire en sorte que les travailleurs de l'institution participent à la discussion de ces produits. Les comités de production de ces entreprises doivent être les relais qui permettent la participation progressive de tous les travailleurs à la critique des produits.

5) De systématiser la recherche de nouvelles formes esthétiques et de nouveaux modes de les produire qui soutiendraient une ligne de masse dans la communication.

6) De coordonner, avec d'autres institutions, la réception des produits dans les organisations populaires.

C'est seulement à condition que cette analyse multidimension-nelle soit constamment poursuivie avec les instances politiques du Gouvernement et des partis, que les thématiques qui surgiront de la pratique révolutionnaire et ne répondront plus à la dynamique de la bourgeoisie et de l'impérialisme, pourront alimenter les revues et les programmes, et que pourront être orientées les campagnes publicitaires. Ces institutions de production culturelle — véritables centres de travail — devraient, en ce sens, constituer l'avant-garde du processus de transformation de la communication.

LA PARTICIPATION COMME FORMATION CROISSANTE

Toute formation d'un pouvoir culturel prolétarien est progressive et toute participation des travailleurs au contrôle du processus de production requiert, pour être effective, une élévation du degré de conscience et un apprentissage de la critique, surtout quand il s'agit d'une entreprise qui élabore des produits culturels. Si on ne respecte pas cette exigence, la participation à la « prise de décisions » se convertit en un absurde formalisme démocratique. Il faut ici faire la remarque suivante: il ne s'agit pas de réserver cette participation aux entreprises de production culturelle. Toutes les catégories de travailleurs doivent y accéder, mais il est évident que le matériel qui sera utilisé dans les discussions pourra être d'un caractère différent et que pourront varier les structures de la discussion. Les diverses expériences qui ont eu lieu jusqu'à présent montrent

qu'elles peuvent se produire dans divers types d'organisation de base et que l'approche pédagogique peut varier selon les cas. Au cours de la première année de gouvernement, des ateliers populaires ont fonctionné de façon permanente ou occasionnelle, dans des centres de jeunesse, des centres d'élèves de lycée, des centres de professeurs du primaire et du secondaire, des syndicats du secteur étatisé, les centres populaires balnéaires, etc. La « Consejería de Desarrollo Social » (Conseil de Développement Social) se transforma en centre pilote en cette matière. Initiative partielle, qui, pour se développer, requiert la formation de moniteurs, et la planification, à différents niveaux, du travail de pénétration dans divers secteurs de la classe ouvrière et parmi les étudiants, et surtout l'exploitation systématique des discussions et des évaluations des effets de la réception.

L'élargissement de cette structure de participation ne peut se faire sans envisager la formation de cadres politiques et techniques compétents. Il est important de récupérer, dans la mesure du possible, les cadres déjà existants. Une politique de recyclage en fonction de ce nouveau concept de communication et de culture des masses doit comprendre: a) Tous les travailleurs des mass média dans les institutions d'Etat. Cette catégorie est très vaste: elle comprend depuis ceux qui ont sous leur responsabilité la formation de certains groupes sociaux jusqu'aux individus traditionnellement chargés des relations publiques. b) les écrivains, les peintres, les artistes dramatiques... c) Les profesionnels de la nouvelle. A ce propos, la Commission de coordination de l'Assemblée des journalistes de gauche avait programmé, en avril 1971, des cycles, des séminaires et des cours pour la formation et le recyclage des journalistes de gauche. Malheureusement, jusqu'à présent on a fait bien peu. Une quatrième zone d'action devrait comprendre les correspondants ouvriers et paysans ; certaines universités ont inauguré pendant l'année des cours destinés à leur formation. Dans ce travail de recyclage, les organisations de masse et les universités (même si les déformations ataviques de l'académisme universitaire et du bureaucratisme syndical sont loin d'avoir disparu comme nous le remarquions précédemment), peuvent avoir une importance fondamentale. Dans la pratique, ce sont elles qui ont tendu à centraliser la formation de ces moniteurs. Jusqu'à présent, les forces de l'Unité Populaire qui peuvent compter sur les meilleurs centres de recherches et d'enseignement universitaire en matière de communication, n'ont pas encore su utiliser à plein ces ressources et se sont contenté de passer des accords avec l'université dans d'autres domaines. Parallèlement à la formation de ces moniteurs, il est fondamental d'envisager le perfectionnement technique de toutes les catégories qui sont liées à la production culturelle de masse.

Cette structure diversifiée, reliée fondamentalement aux organisations de base, et la formation de cadres pour les étayer, sont encore plus importantes si on décide d'accorder une plus large place à la production de messages explicitement éducatifs. Il ne peut y avoir de formation révolutionnaire si on n'assure pas le retour dialectique du message à l'émetteur. Comme nous l'avons dit à plusieurs reprises ce serait aussi l'unique façon d'ancrer la mobilisation critique autour des projets du Gouvernement Populaire. On éviterait ainsi de tomber dans une planification de campagnes qui, par manque d'infrastructure, continue à suivre les méthodes de persuasion capitalistes.

Le manque de contenu de la participation et la crise que l'on observe dans les entreprises d'émission de produits culturels ne sont que des indices de l'ambiguité qui règne dans le secteur étatisé à propos de l'organisation de tout le pouvoir ouvrier. La spécificité du produit culturel y est pour beaucoup: ce n'est pas la même chose de produire des films et des revues que de produire des biens alimentaires. Surtout lorsque, à cause de la prépondérance de la classe dominante, les presses de la maison d'édition de l'Etat doivent continuer à imprimer les revues de l'ennemi [2] . Notons cependant qu'on observe le même type de malaise dans d'autres secteurs de l'économie. Dans l'industrie textile, par exemple, on a assisté au même dilemme entre rupture et continuité culturelle quand il s'est agi de décider quel type de toile et quel type de dessin allaient produire les entreprises étatisées. La norme « classe moyenne » s'avéra incompatible avec le paramètre < ligne de masse », pas seulement en ce qui concerne le superstructurel mais même pour ce qui est de la rentabilité économique. Cette tension manifesta la fausseté de la dichotomie infrastructure/superstructure et révéla l'urgence de réconcilier les deux pôles artificiellement séparés. En effet, on ne peut séparer le problème de la < participation culturelle » du problème de la création du pouvoir ouvrier à tous les niveaux. Quand la norme du capitalisme d'Etat prévaut dans le reste de l'économie, il ne peut exister un domaine de « participation culturelle » qui soit régi par un authentique concept de pouvoir ouvrier. Si on pouvait abstraire le problème de la culture de la question globale de la création du pouvoir populaire, nous en reviendrions à concevoir la culture comme un « divertissement » aliénant, juxtaposé à la vie quotidienne et au travail et dans ce cadre toute participation à la discussion sur les biens culturels ou à la création d'un théâtre ouvrier, à la confection de journaux d'usine ou de quartier, se verrait réduite à n'être qu'une politique d'enclave réformiste [3] . La condition essentielle pour que le peuple puisse devenir le créateur de sa propre culture est que les travailleurs puissent participer au contrôle de tout le processus de production.

Nous avons déjà énoncé les arguments derrière lesquels se réfugient ceux qui refusent de considérer la nécessité de cette participation. Aux stéréotypes déjà mentionnés, s'ajoute celui qu'agitent ceux qui refusent de mettre en question la division sociale du travail par respect pour la division technique du travail, la complexité technique de la plupart des formes de production des messages. Ce que nous critiquons c'est la désinvolture avec laquelle ceux qui s'opposent à la création du pouvoir populaire en matière culturelle se valent de ces arguments d'autorité pour nier la possibilité de la participation et pour bloquer toute discussion sur la culture, dès l'instant où elle est conçue en des termes plus complexes et plus éman-cipateurs que ceux de la continuité culturelle.

Nous ne nions pas qu'il est difficile de découvrir les mécanismes qui permettent cette participation et cette insertion dans une nouvelle structure de pouvoir. C'est pourquoi nous ne pouvons pas être d'accord non plus avec les « démocratistes » qui voient en chaque ouvrier et en chaque paysan, un cinéaste possible dès demain. Et cette complexité caractérise tout autant les mécanismes de participation à l'intérieur de l'équipe chargée d'effectuer l'opération, le filmage, l'écriture, d'élaborer le message, que les mécanismes qui permettent la réception critique de la part du public. Ce n'est que depuis peu et à propos de quelques questions seulement, que certains pays socialistes commencent à se préoccuper de trouver la façon « d'en finir avec les concepts et les pratiques minoritaires en matière d'art » [4] , et de mesurer les implications de la présence sociale des masses dans la création culturelle. On constate de toutes façons la pression qu'exerce un fait empirique pour rendre inévitable la révi sion des concepts classiques de création et de créateur. Le proces sus de démocratisation de l'éducation et de la formation permet à la majorité l'accès au savoir, alors que dans d'autres structures, ce savoir est réservé à une minorité, et cet accès au pouvoir culturel n'est pas le moindre des facteurs qui permettent l'élargissement des formes esthétiques ; le plus important est que les préjugés de la petite bourgeoisie n'entravent pas le développement de cette zone de la problématique révolutionnaire: sous prétexte que le peuple est anal phabète, la recherche de cette ligne de masse est remise à plus tard, laissée au soin des générations à venir.

Pour que ces propositions ne restent pas lettre morte, il faut faire face à une dernière question, dont dépend la possibilité d'une action commune des forces populaires dans la bataille idéologique. L'argument principal, celui qu'on écoute le plus fréquemment, et qui va à rencontre d'une considération globale du problème de la communication et de la culture, est celui qui veut que chaque parti prenne à sa charge la formation idéologique de ses militants et que le recyclage des journalistes et des. communicateurs, si de recyclage il s'agit, relève de la compétence de chaque parti en particulier. Loin de nous de vouloir mettre en doute le rôle qui'incombe, au parti dans cette formation. Cependant, la réalité prouve que cette problématique de la communication de masse a été, jusqu'à il y a très peu de temps, pour ainsi dire complètement ignorée par les partis traditionnels de gauche. A tel point que cette attitude qui consiste à refuser la nécessité d'établir un front commun au niveau de la communication de masse et à se réfugier daris l'orbite particulière du parti devient un alibi pour éviter d'aborder la discussion des implications idéologiques d'un plan de cette envergure qui comporte un modèle de conquête du pouvoir et de révolution. Elle comporte en fin de compte le refus de faire face à un des obstacles objectifs qui empêche de résoudre le problème de la mobilisation de masses, à l'heure actuelle: le conflit interne entre les forces de l'Unité Populaire. Comme on le constate, à l'occasion du problème de la communication de masse, surgissent des questions beaucoup plus amples, des doutes beaucoup plus profonds qui comprennent tout le domaine de la transformation superstructurelle et se résument dans ce point d'interrogation essentiel: comment assurera-t-on une avant-garde révolutionnaire qui surmonte les divisions partisanes et les différences stratégiques et tactiques qui marquent encore les forces de gauche ? quel en sera le contenu ? Quelle relation avec les masses maintiendra cette avant-garde ? Heureusement, lorsqu'éclate une crise comme celle d'octobre 1972, ces masses démontrent que, dans leur vie et leur action, elles outre-passent l'appareil de communication de masse décollé de leur réalité. Elles manifestent l'efficacité de leurs propres formes de résistance offensive et constructive de l'ordre populaire face aux attaques séditieuses de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Mais c'est précisément la fin de la préhistoire

Janvier 1972 - janvier 1973.


Notes:

1. La bourgeoisie et l'impérialisme ne comptent pas seulement sur le fameux métabolisme de leur institutionnalité. Cf. la. planification de l'offensive idéologique de la droite chilienne par les agences de publicité nord-américaines dans le chapitre suivant.

2. En janvier 1973. 60% de la production des revues imprimées sur les presses de la maison d'édition de l'Etat provenaient toujours de l'impression de revues appartenant aux forces de la réaction et 10% de l'impression de matériel neutre (papier d'emballage, prospectus, etc.) et 30% seulement de revues favorables au processus.

3. Faisons remarquer que pour le moment les forces de la réaction utilisent à fond les mythes de leur idéologie participationniste, afin de confondre l' «opinion publique ». A titre d'exemple, nous reproduisons une propagande apparue dans El Mercurio et rédigée par le parti démocrate-chrétien: « Est-ce que vous participez ? ou Est-ce que vous avec un «interventor »? Pour le travailleur, c'est la question essentielle. Parce que participer signifie: 1) être une personne qui bénéficie du droit indispensable de donner son avis et de décider du destin de l'entreprise où elle travaille ; 2) le droit de jouir des bénéfices et des utilités de l'entreprise ; 3) le droit de discuter sans que cela signifie persécution politique. La grande révolution est la participation. Le travailleur est beaucoup plus important que le capital. Vous devez choisir entre étatisation ou participation, dictature ou plébiscite ».

4. Cf. dans cette perspective, J. García Espinosa, « Por un cine imperfecto », La Havane, Cine Cubano, nº 66-67.


Edición digital del Centro Documental Blest el 07feb02
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