Mass media, idéologies et mouvement révolutionnaire


II. LA « LIGNE DE MASSE » DE LA BOURGEOISIE (1970-1973)

Jusqu'en juin 1971, le gouvernement populaire trouve une opposition composite, diminuée par sa défaite électorale et la frustration du coup d'Etat. Entre juin 1971 (date de l'assassinat de Pérez Zujovic) et mars 1972, l'opposition s'unifie et réussit à maintenir un front uni apparemment dirigé par la Démocratie Chrétienne. Bien que suivant une politique d'agitation différente de celle de ce front, l'organisation Patria y Libertad collabore étroitement avec lui, et encadre les manifestations de masse que réalisent les militants de la Jeunesse D.C. ou le Front Patriotique des Femmes. C'est l'époque où l'opposition croit encore au caractère minoritaire de l'U.P. et à la possibilité de récupérer le pouvoir sans rupture, où la droite utilise principalement — sans cependant jamais délaisser les fronts de masse — les instruments classiques de la démocratie bourgeoise: son Parlement, ses partis, ses tribunaux, sa Contraloría [1] , son appareil idéologique de communication de masse, etc., pour lutter contre le gouvernement populaire. A partir d'avril 1972, une nouvelle crise de direction atteint la droite: le travail politique des partis bascule vers les organisations grémiales. En juin 1972, le Parti National et la tendance freiste de la D.C. — sans toutefois se mettre d'accord sur l'homme providentiel, ce à quoi Us n'arriveront jamais d'ailleurs — décident à la fois expressément et tacitement de recourir à la tactique du mouvement de masse, et ouvrent le front grémialiste (qu'ils ont commencé à structurer dans les tout premiers mois du gouvernement d'Allende). La première action d'envergure nationale de cette nouvelle phase de l'offensive de la droite prend la forme de la grève patronale d'octobre 1972. De son côté, Patria y Libertad, dès avril de la même année, reprend apparemment sa liberté de mouvement et commence à diffuser son programme nationaliste pour une nouvelle société. Il se lancera plus tard dans la tactique terroriste, avec l'appui tacite du Parti National qui, lui, se pare encore des atours de l'idéologie libérale. La seconde action générale de masse se déroule dix mois plus tard, après le Tancazo (coup d'Etat manqué du 29 juin 73, qui devait s'avérer avoir été la répétition générale du putsch). Cette fois, elle est parfaitement coordonnée avec les opérations des commandos d'extrême-droite. Le mouvement de masse qu'avait inauguré le conglomérat D.C.-Parti National tendait déjà, dans les deux derniers mois avant le putsch, à être la propriété exclusive de l'extrême-droite. Les directions des gremios se révélaient être plus en accord avec le Parti National et Patria y Libertad qu'avec l'informe Démocratie Chrétienne de droite qui croyait encore au coup constitutionnel, ou « coup blanc » (Golpe blanco). Le grémialisme — expression de la ligne de masse de la classe historiquement dominante — commençait à triompher sur ce qu'on avait nommé un jour le «participationnisme », expression de la ligne de masse des secteurs moyens ralliés à la D.C. Le no man's land qui séparait la classe dominante des masses populaires, que l'utopie D.C. avait essayé d'occuper depuis plus de huit ans, avait en fait déjà disparu depuis longtemps. Pour les partisans sincères d'une troisième position, le putsch fut le rappel un peu brusque à cette réalité. Il était trop tard pour s'indigner et dénoncer la manipulation du Centre par la Droite. La D.C. avait laissé le temps à la classe dominante de se réarmer et avait servi d'antichambre à son fascisme. Nous essayerons maintenant de caractériser les grands traits de cette ligne de masse.

UNE IDEOLOGIE EN ACTION

L'idéologie grémialiste est celle que nous avons vue surgir autour de 1965. Mais cette fois, elle a définitivement pris corps et se veut une alternative conceptuelle et pratique au marxisme du régime populaire. Cependant, ici encore, une remarque s'impose: à la grande différence de Patria y Libertad, qui dès le début de 1972 affiche sans vergogne le caractère fasciste du grémialisme et son ambition de bâtir une nouvelle société sous son égide, la ligne de masse de la bourgeoisie ne se veut et ne se définit publiquement que comme une méthode d'action pour exiger une rectification des actions du gouvernement populaire. Ce n'est qu'une fois la seconde grève nationale déclenchée — celle d'août-septembre 1973 — que le discours grémialiste provenant de la ligne de masse deviendra plus explicite et franchira un pas, en proposant à ses masses une réforme globale de la société chilienne malade du cancer marxiste, déplaçant ainsi et débordant le discours équivoque du fréisme. Le discours grémialiste, à ce moment-là, est prêt à être transmis aux militaires, qui en feront plus tard la charpente de la nouvelle Constitution. Voyons donc d'abord brièvement quelques éléments de cette idéologie grémialiste en action, en reprenant les termes de sa propre réthorique. [2]

Le pouvoir grémial va au-delà de la conception marxiste de la lutte des classes, puisqu'il groupe les individus en tenant compte, non de leur condition de patron ou de salarié, mais de la profession et de l'activité qu'ils exercent. Il met en échec les définitions marxistes-léninistes concernant ce que l'on doit entendre par « peuple », « bourgeoisie », « exploiteurs » et « impérialisme ». Citons ce morceau d'anthologie paru dans le Mercurio du 22 octobre 1972: «Ont pris part à la grève: des camionneurs, de modestes commerçants, des artisans et de petits industriels, des ouvriers, des paysans, des techniciens et des professionnels, entre autres. La composition sociale des gremios en grève ne peut être qualifiée ni de bourgeoise, ni d'ouvrière, ni de paysanne. Diverses conditions sociales se sont rassemblées dans ce mouvement, parce que c'était l'activité ou la spécialité propre de l'individu qui prévalait, et non une classification artificielle en vertu du binôme exploiteurs/exploités ». Ou encore cet autre paragraphe, publié huit jours plus tard: « Certains secteurs de l'Unité Populaire [...] pensent que c'est une grève de la bourgeoisie, des chefs d'entreprise, des patrons. Selon leur optique marxiste, ils rêvent encore au monde du capitalisme anglais du siècle dernier, celui qu'a connu leur maître à penser: quelques riches exploiteurs et une multitude de pauvres exploités. Ceci n'est pas la réalité chilienne d'aujourd'hui. Depuis des années, on pratique entre nous une énergique redistribution des revenus. La classe supérieure traditionnelle se confond avec la moyenne bourgeoisie, beaucoup d'ouvriers font partie de la classe bourgeoise, et même les paysans des coopératives tendent à s'embourgeoiser. »

Le pouvoir grémial surgit spontanément à partir des gremios comme une réponse «profondément chilienne » de leurs adhérents, qui ne vient qu'après qu'ils ont épuisé le recours à toutes les instances politiques et administratives pour résoudre les problèmes propres à leur activité et profession: manque de ravitaillement, de pièces de rechange, d'équipement hospitalier..., mais aussi le sectarisme et le non-respect de la hiérarchie dans le travail.

Le pouvoir grémial est une nouvelle forme de solidarité entre tous les secteurs sociaux, au-delà des divergences doctrinales. « Il faut souligner », pouvait-on lire dans le Mercurio, «que les ex-présidents Alessandri et Frei ont rendu visite aux dirigeants grémiaux emprisonnés. Ces deux figures réunissent autour d'elles l'immense majorité nationale. Leur geste d'appui au mouvement grémial révèle le caractère justicier et démocratique de ce mouvement. »

Il reste à voir maintenant comment cette idéologie grémialiste — lorsqu'elle explicite son projet de réforme sociale et ne se contente pas seulement d'être un ensemble de consignes mobilisatrices — conçoit les structures de « l'ordre nouveau ». Ce projet, les idéologues de Patria y Libertad se sont amplement chargés de l'exposer en long et en large.

L'«ORDRE NOUVEAU» DE L'EXTREME DROITE NATIONALISTE

Les grands concepts — si on peut les appeler ainsi — de la nouvelle société, qui s'étalent depuis le putsch dans tous les moyens d'information de la droite chilienne, sont à la fois créoles et cosmopolites. Ce sont ceux d'Ordre Nouveau en France, du M.S.I. en Italie, plus ou moins sophistiqués selon le cas. Examinons-les, dans leur extrême simplicité délirante, à partir de documents rédigés par Patria y Libertad. Qui, comme chacun sait, en témoignage d'appui à la junte, s'est dissoute volontairement trois jours après le putsch («objectif atteint»), et s'est diluée dans l'appareil administratif de l'Etat militarisé.

Quatre concepts: Patrie - Peuple - Famille - Gremios

Patrie : La patrie est un destin historique qui transcende les individus, les partis et les idéologies. Elle s'est forgée dans le sang de ceux qui moururent sur les champs de bataille, et dans l'effort créateur des générations qui nous ont précédés. On ne peut, dès lors, renier le passé, mais il est encore plus grave de compromettre le futur de la patrie en la soumettant à une idéologie étrangère. Le communisme poursuit ces objectifs et déclare que la patrie est un préjugé bourgeois qui doit être supprimé. Cette position est un délit de haute trahison.

Peuple : Le peuple n'appartient pas à une classe sociale déterminée. Il se compose de tous les habitants du Chili, identifié à son destin historique. Notre peuple a une idiosyncrasie et un style de vie propre, incompatible avec des recettes importées. Le communisme prétend diviser le peuple chilien, et préconise la « lutte des classes » entre propriétaires — «la classe exploiteuse» — et prolétaires — « la classe exploitée ».

Famille : La famille est la cellule de base de l'organisme social, et c'est pour cela que le marxisme essaye de l'affaiblir. Pour ce faire, il alimente les conflits de générations, sape l'autorité des parents et détruit le respect filial.

Gremios : Les gremios sont les groupements dont ont besoin les travailleurs, les étudiants, les professionnels et les chefs d'entreprise, pour faire valoir leurs droits.

Cinq objectifs

La nouvelle société aura par ailleurs cinq objectifs: premièrement, donner au Chili une démocratie fonctionnelle ou organique : cette démocratie s'obtiendra grâce à la participation des gremios, des fédérations universitaires, des jeunes, des femmes [3] . En deuxième lieu, donner au Chili un Etat intégrateur : face à l'Etat au service d'un parti ou d'une classe, on appelle à construire un Etat intégrateur, au service de tous les Chiliens. Troisièmement, donner au Chili un gouvernement autoritaire : un Etat moderne est une organisation complexe qui exige, pour éviter l'anarchie et le désordre, une autorité forte. Il faut extirper la démagogie politique, en finir avec la corruption morale, et mettre un terme au chaos économique qui n'entraîne que chômage et misère. Le première mesure à prendre pour atteindre ces objectifs est de rétablir le principe d'autorité. Quatrièmement, donner au Chili une économie moderne et une entreprise intégrée : on accepte l'entreprise privée et la propriété individuelle, avec les limitations que détermine le bien commun, parce qu'elles sont les piliers de la liberté humaine. Mais on aspire à substituer à l'entreprise actuelle — basée sur l'achat et la vente du travail — une entreprise intégrée dans laquelle l'accroissement de la production transforme tous les Chiliens en propriétaires. Enfin, en cinquième lieu, donner au peuple un sentiment de responsabilité collective : la responsabilité collective est le fondement de la discipline sociale, sans laquelle il est impossible que le peuple se développe économiquement et progresse spirituellement.

LES SOURCES DE L'IDEOLOGIE GREMIALISTE

Comme nous l'avons vu, le grémialisme naît d'une réponse de la classe dominante chilienne à la pratique de son ennemi de classe. Cependant, cette réponse est loin d'être métabolique. Loin de surgir spontanément de ce corps social, elle a ses idéologues qui l'ont inspirée et qui surtout se sont efforcés de la conceptualiser à partir de cette pratique de la lutte des classes telle qu'elle s'exprime dans la réalité concrète du Chili. Nous pouvons identifier deux sources fondamentales dans la gestation de cette idéologie: en premier lieu l'impérialisme nord-américain et ses modèles de syndicats libres ; en second lieu les représentants créoles de l'idéologie catholique intégriste, qui tournent autour de l'Opus Dei.

Le syndicat libre

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l'impérialisme nord-américain a essayé de s'introduire dans le secteur syndical en Amérique Latine. Son but avoué était d'« appuyer et renforcer le contingent des travailleurs démocratiques». Il comptait pour cela sur ses organismes à la fois généraux et spécialisés. Aux Etats-Unis, hormis le Département d'Etat, la C.I.A. et autres services de renseignements, il existe surtout l'AFL-CIO (Fédération américaine du Travail - Confédération des Syndicats Ouvriers) dont les thèses sur le «syndicalisme d'entreprise» sont largement connues. Son premier instrument pour l'Amérique Latine a été l'ORIT (Organisation Régionale Inter-Américaine de Travailleurs), fondée en 1951 pour « combattre fa pénétration communiste dans le mouvement ouvrier latino-américain ». Cette organisation compte actuellement 25 millions d'adhérents, dont toutes les grandes confédérations d'Amérique Latine, à l'exception de celles d'Argentine, du Chili, de Bolivie, de République Dominicaine, d'Equateur et d'Uruguay. Cependant, cet instrument, inspiré par une conception rigide de la guerre froide, se révéla rapidement inadéquat et dévoila très vite ses liens avec le Département d'Etat en appuyant ouvertement les coups d'Etat du Guatemala, du Brésil et l'invasion de la République Dominicaine. En 1961, aux débuts de l'ère de l'Alliance pour le Progrès, se constitua donc l’IADSL (Institut Américain pour le Développement du Syndicalisme Libre). Selon les termes de ses propres brochures de propagande, il s'agissait «d'utiliser les talents et expériences du mouvement ouvrier nord-américain pour combattre le danger continental que représente le castrisme» En 1962, à travers les syndicats démocrates-chrétiens, l’IADSL essaie de diviser la C.U.T. (Centrale Unique des Travailleurs, au Chili) où prédominaient les partis populaires, en promouvant le parallélisme syndical. Cependant, en 1966, la D.C. rompit officiellement ses relations avec l'ORIT et l'IADSL, mais permit de toutes façons à certains de ses militants (entre autres le ministre du Travail) de continuer à remplir leur charge dans le Conseil Directeur de l'IADSL. A partir de ce moment, l'impérialisme intensifia son travail auprès des associations de type professionnel, sans délaisser pour autant les autres secteurs de travailleurs. Au cours des dernières années, il opérait surtout avec l'ANSCO (Association Nationale des Superviseurs du Cuivre) et, comme dans toute l'Amérique Latine au cours de cette période-là, avec les syndicats de transports [4] . Ce n'est pas simple coïncidence si l'ANSCO a pris l'initiative de former, le 5 mai 1971, le premier front professionnel contre l'U.P., à partir des revendications des superviseurs du cuivre, qui venaient de perdre leur salaire en dollars. Ce front, appelé CUPROCH (Confédération Unique des Professionnels du Chili) et qui participa directement à la dernière grève de la Conspiration, fut impulsé par Julio Bazan, de filiation D.C., ancien avocat de la Corporation du cuivre et surtout, ancien responsable du Parti D.C. pour les relations syndicales internationales et ancien représentant de l'UNIAPAC (Union internationale des patrons catholiques). Ce n'est pas non plus un hasaid si la Confédération des Propriétaires de Camions de Léon Villarin se transforma en détonateur des grèves patronales d'octobre 1972 et d'août 73, et servit d'intermédiaire à la CIA pour financer le mouvement. En octobre 72 se déversèrent sur le Chili 200 millions de dollars. Cet afflux de monnaie étrangère fit d'ailleurs baisser le taux de change au marché noir de 30%. Chaque camionneur en grève recevait une enveloppe de 5 000 escudos (environ 160 dollars au change officiel, ou 40 dollars au marché noir) par camion et par jour.

Pendant les trois années du Gouvernement Populaire, les fonctionnaires de l'IADSL intensifièrent également leur travail avec la COMACH (Confédération Maritime du Chili) qui devint l'organe de liaison par excellence entre les secteurs civils de la conspiration et les éléments séditieux de la Marine de Guerre. Cette confédération qui, depuis 1962, sous la coupe de l'IADSL, commanda toutes les tentatives infructueuses de diviser le mouvement ouvrier chilien, regroupe dans sa majorité les officiers de la marine marchande qui proviennent, pour la plupart, de la réserve de la marine de guerre. En 1971 et 1972, la COMACH reçut de l'IADSL un ensemble important d'équipements de télécommunications qui lui permettait d'entrer en relations radiophoniques directes avec les unités de la flotte ; celles-là même qui donnaient le coup d'envoi au putsch du 11 septembre. En même temps, l'IADSL — qui, ne l'oublions pas, est présidé par J. Peter Grâce, propriétaire de la W.R. Grâce Company et est devenu l'instrument de défense des intérêts des entreprises multinationales qui le financent — continua à organiser au Chili des séminaires de formation pour leaders syndicaux et à leur octroyer des bourses d'études pour aller suivre le cours que l'Institut offre dans son centre de Front Royal, dans l'Etat de Virginie. Entre 1962 et 1972, l’IASDL assura le perfectionnement à Front Royal, de 79 dirigeants syndicaux chiliens et réussit à joindre à travers ces séminaires organisés tout au long du Chili, 8 837 personnes. Indice de son intérêt croissant pour le secteur grémial de l'Opposition, entre septembre 1972 et février 1973, l'IADSL a envoyé à Front Royal 29 dirigeants du grémialisme chilien, alors qu'il lui avait fallu près de dix ans pour former les 79 autres Chiliens qui étaient auparavant passés par l'Institut. Signalons enfin que 37 de ces leaders formés par l'IADSL appartiennent au secteur des communications et des transports et que 12 sont issus des cadres syndicaux des entreprises minières du cuivre. Dès octobre 1973, l'IADSL envoyait à Front Royal Julio Bazan, le leader de la CUPROCH, Manuel Rodriguez, ex-dirigeant du secteur fréiste de la CUT et six autres responsables de coopératives et de syndicats professionnels. D'autre part, le président de l'organisme qui déire remplacer la CUT est un ancien élève de l'IADSL et préside aussi aux destins de la COMACH.

Dans le domaine agraire, le terrain pour la pénétration des thèses du grémialisme fut préparé sous le gouvernement de Frei, par un autre instrument de l'impérialisme, tout aussi lié à la CIA que l'organisme précédent: l’IDF (International Development Foundation Inc.). Sous le couvert d'une fondation privée, cet organisme qui a son siège à New York et est financé par l'AID (Agence Internationale de Développement), s'est spécialisé depuis 1961 dans les questions de « développement communautaire ». C'est à ce titre qu'il collabora, jusqu'en 1969, avec les associations syndicales de la Démocratie Chrétienne (ANOC, Association Nationale des Organisations Paysannes ; UCC, Union des Paysans Chrétiens, qui se réunirent toutes deux dans la Confédération Nationale des Paysans du Chili). Pour diviser le mouvement syndical paysan l'IDF quintupla le montant de son aide au Chili entre 1965 et 1968 et concentra près d'un tiers de son budget latino-américain à promouvoir dans ce pays les organisations paysannes démocrates-chrétiennes. En 1967, par exemple, les programmes de coopération avec la Confédération Nationale des Paysans du Chili (CNC consistaient à former dés leaders choisis dans les quatre principaux groupes de la population rurale, « les ouvriers agricoles, les colons, les petits propriétaires et les indiens ». Sous l'égide de ce projet, rien qu'en 1967, l'IDF assura la formation de 1 050 leaders de communautés rurales (administrateurs de coopératives, dirigeants de syndicats, rédacteurs de journaux pour les paysans, etc). Cette même approche des leaders de la communauté se réalisa au niveau des centros culturales, des centros de madres et des groupements de pobladores.

L'Opus Dei créole [5]

Cependant, le véritable idéologue du grémialisme chilien, celui qui le formule et qui est capable d'en faire une doctrine qui « prenne la relève» du socialisme, il faut le rechercher dans un groupe de catholiques d'extrême-droite: l’Opus Dei. Les besoins de la conjoncture offraient en effet un terrain d'élection à l'idéologie de ce groupe: idéologie paradoxale, voire même contradictoire, car à la fois moderniste et intégriste. Tout comme en Espagne, sa mère-patrie, avant d'être un groupe religieux, ce groupement, appelé aussi «Santa Maffia», est une caste de technocrates — liés intimement au capitalisme monopoliste et dépendant — qui s'auto-définissent comme moderni-sateurs. Modernisateurs de l'économie et de la politique, mais surtout pas de leur base dogmatiquement religieuse. Ils sont des fervents du pouvoir technico-professionnel: le nouveau politicien est l'expert. Comme l'écrit un membre éminent de cet institut séculier espagnol, auteur d'un livre significatif intitulé Le crépuscule des idéologies : « Ce sont les juristes, les sociologues, les économistes et les ingénieurs, qui remplacent le Prince dans la tâche d'élaboration de la plus grande partie des décisions gouvernementales concrètes ». Ou encore: « La meilleure façon de réaliser l'ordre, la justice, le développement matériel et culturel dans une conjoncture concrète, n'est le fait d'aucun décret souverain, d'aucun vote majoritaire, mais des sciences économiques et politiques » [6]

Présents partout et à la fois nulle part, on retrouve les membres de l’Opus Dei parmi les dirigeants de Patria y Libertad, du Parti National, dans l'armée, dans l'Eglise (à titre d'anecdote, le chef de la police politique sous Frei, n'était autre qu'un membre éminent de l'Opus Dei). Mais une chose est sûre: on ne les retrouve jamais dans la D.C. — sauf pour réaliser un travail d'infiltration — à laquelle ils vouent une haine farouche, même s'ils doivent s'allier à ces chrétiens renégats, ces Kerensky, qui ont permis au marxisme de pénétrer la Chrétienté. Rien de plus explicable que cette aversion d'ailleurs, puisqu'en fait, après tout, la D.C. a essayé au sein même de l'Eglise catholique de se poser comme terme d'une alternative, certes de manière ambiguë, face à l'intégrisme des secteurs qui alimentent l’Opus Dei ou ses succédanés.

Ce groupe quasi invisible, a suivi pas à pas la formation de cette « nouvelle idéologie grémialiste », où l'on retrouve les réminiscences du vieux corporatisme. On le rencontre d'abord derrière la Société Nationale d'Agriculture, au temps de la réforme agraire freiste. C'est un ancien ministre d'Alessandri, et chef de l’Opus Dei chilien, qui propose aux propriétaires terriens, dont l'imagination n'est pas la vertu majeure, la tactique grémialiste et leur en fournit les fondements doctrinaux. A la même époque, les aumôniers de l’Opus Dei président à la création du mouvement étudiant grémialiste à l'Université Catholique du Chili et dans certaines universités de province. Dès les premiers mois du gouvernement populaire, ce sont ses sociologues qui prennent en main la programmation éditoriale du Mercurio et lancent directement, mais jamais de façon ouverte, d'autres organes d'information (principalement Que pasa, le seul hebdomadaire d'analyse politique sérieux aux mains de la droite non D.C). L'Opus Dei fournit également des moyens financiers et des journalistes (entre autres Jaime Guzmán, un des experts-juristes chargés de rédiger la nouvelle Constitution du général Leigh Guzmán) à la seule chaîne de TV de l'opposition (chaîne de l'Université Catholique du Chili) dans ses campagnes séditieuses contre l'U.P. A la fameuse réunion du complot du «pastel de choclo» (pâté de maïs), en mars 1972, où les groupes d'opposition discutent l'adoption d'une politique de masse, trois au moins des principaux idéologues de l’Opus Dei sont présents. La semaine avant le putsch, c'est encore un membre de l’Opus Dei du Chili qui est chargé de vendre sur le marché international, et pour le compte de cette institution qualifiée de religieuse, une quantité d'or telle que le marché de ce métal précieux n'en a jamais connu de semblable et doit baisser ses cours. Et après le putsch, c'est le seul groupe qui, lorsque la D.C. disparaît du panorama des militaires, est susceptible d'apporter au fascisme naissant non pas l'appui des masses, mais un ensemble de doctrines et un corps d'experts qui légitiment leur politique anti-marxiste de «reconstruction démocratique ».

Pourtant, les membres de l’Opus Dei ne sont pas nombreux. Ils forment une élite qui « colle » au pouvoir, par la tradition de leur ascendance aristocratique ou par leur spécialité. Au Chili, dans les dernières années, l’Opus Dei s'est entouré surtout de jeunes économistes, de jeunes sociologues et ingénieurs, sortis en droite ligne des universités «libéralo-manchesteriennes » de Chicago, ou autres du même style. A la suite du virage vers la droite de la D.C, l’Opus Dei redoubla son travail de prosélytisme auprès des universitaires et professionnels de ce parti désormais dépourvu de credo doctrinal. Mais, malgré son effectif réduit, c'est le seul groupe qui, pendant toute cette période de Frei et d'Allende, a remonté systématiquement l'histoire à contre-courant. En assimilant la pratique de résistance de la classe dominante, il a essayé de construire un modèle politique qui se substituerait au réformisme social-chrétien, renverserait le régime marxiste et instaurerait un nouveau type de « démocratie ». En fait, revenir au vieux rêve de la réforme constitutionnelle d'Alessandri, avec en plus la répression. Et quelle répression ! A une droite appauvrie, historiquement au bout de son rouleau, au fascisme dévastateur et primaire des militaires, il semble apporter, comme en Espagne, de quoi combler leur vide. Tout ce travail, l’Opus Dei le réalise à l'intérieur des partis, mais surtout hors des partis.

LES FRONTS GREMIAUX

Pour lancer ses actions de masse, la droite comptait, dès l'arrivée d'Allende au gouvernement, sur ses gremios traditionnels, inconditionnellement au service des intérêts de la classe dominante: la SNA, la SOFOFA, la SONAMI, la Chambre de Commerce et la Chambre de la Construction, rassemblées sous le front de la Confédération du Commerce et de la Production. De la même façon que la SNA était partie en guerre contre la réforme agraire de la D.C., en modernisant son idéologie et son organisation de classe, la SOFOFA, organisme qui réunissait les gros industriels et qui était le gremio le plus affecté par la constitution du secteur étatisé de l'industrie, rejoignit la SNA dans la lutte contre les forces progressistes, en affichant un modernisme économique nouveau. « De la même façon que beaucoup de révolutionnaires travaillent, mus par une inquiétude authentique, nous avons l'obligation, en tant qu'hommes de l'entreprise privée, de présenter notre propre révolution. » Cette déclaration date de juin 1971, époque où la bourgeoisie était encore convaincue de récupérer le gouvernement populaire par le truchement des instruments de sa démocratie. Mais cette « révolution » ne s'opéra pas dans l'entreprise: elle s'opéra directement dans la rue. En janvier 1973, le président de la SOFOFA soulignait: « Les perspectives qu'a ouvert 1972 pour l'action grémiale sur une vaste échelle sont un phénomène constructif, à la fois extraordinaire et permanent, pour le futur du Chili [...] Nous avons une tâche urgente et inéluctable pour l'avenir immédiat: nous devons aider de toute notre énergie au triomphe anti-marxiste ». Dans les deux grèves générales, la SOFOFA, avec les autres gremios patronaux, ne perdit jamais le contrôle du front contre-révolutionnaire.

A ces fronts patronaux s'ajoutèrent les gremios des petits propriétaires. Deux surtout accompagnèrent la bourgeoisie dans toutes ses aventures séditieuses et se mirent à sa disposition, se transformant en quelque sorte, en ses militants de base, ses commandos, ses agitateurs semi-professionnels. Ce furent, d'une part, la Confédération des Propriétaires de Camions, fondée 17 ans plus tôt, et la Confédération du Commerce de Détail et de la Petite Industrie, fondée sous le régime démocrate-chrétien, et l'un des seuls gremios contrôlés directement par la D.C. Paradoxalement, face au gouvernement populaire, la Chambre de Commerce, qui depuis des décennies avait toujours protégé les intérêts des gros commerçants, et la Confédération du Commerce de Détail s'unirent et fondèrent à la fin de 1971 le Front National du Secteur Privé (FRENAP) pour lutter contre l'étatisation.

C'est à l'intérieur des organisations professionnelles que devait s'opérer le changement le plus important. Avant le gouvernement populaire, l'histoire chilienne ne connaît aucun front technico-professionnel. Il existe, certes, les ordres des médecins, des avocats, etc., mais jamais ils n'ont fait preuve de solidarité active. Dans la tâche de résistance civique de la réaction, à partir des revendications des superviseurs du cuivre, se crée en mai 1971 la Confédération Unique des Professionnels du Chili, (CUPROCH) qui tend à regrouper tous les professionnels, sans distinction d'activité. La Confédération des Collèges Professionnels qui regroupe, à partir de juin 1972, tous les ordres légalement reconnus de médecins, d'avocats, de dentistes, d'ingénieurs, de comptables, de psychologues, d'infirmières, etc., vient parfaire cette première organisation. A la veille du coup d'Etat, le Front National des Professionnels — qui regroupe les deux organisations précitées — avait réussi à réunir autour de lui plus de cent quatorze organisations professionnelles. L'explication de ce regroupement est clairement fournie par un de ses dirigeants, lui-même membre de l'Ordre des Avocats: « La nécessité de ces organismes professionnels surgit avec le gouvernement de l'U.P., qui a forcé à la création de ce type d'organismes, qui sont des organismes de guerre, de guerre anti-marxiste. Nous sommes dans un état de guerre interne, et nous avons été agressés par le régime marxiste. » Pendant les périodes d'action de masse généralisée, tous ces gremios, toutes ces organisations se placèrent sous un commandement unique: le Commando d'Action Grémiale.

Quelle était la force de la Gauche dans ces organisations de petits propriétaires et de professionnels? Cela varie très amplement.

Par exemple, le Conseil des Architectes avait une direction de gauche, celui des Ingénieurs et celui des Avocats étaient tellement à droite que ses dirigeants étaient présents à la réunion qui fixa la politique de masse de la bourgeoisie. Toujours est-il qu'il n'est pas exagéré d'affirmer qu'en moyenne, entre 60% et 75% des membres des corps professionnels étaient contre le gouvernement populaire. Point n'est besoin de rappeler que dans la grève de la Conspiration, l'Ordre des Médecins fut un des éléments de poids pour l'aggravation de la crise. Pour la première fois au Chili, reniant tous leurs principes de déontologie professionnelle, les médecins abandonnèrent leurs postes dans les hôpitaux sans, bien sûr, cesser d'exercer leur activité dans leurs cabinets privés. Chez les petits propriétaires, pour reprendre l'exemple des camionneurs, la Confédération contrôlait 25 000 des 52 000 camions existant dans le pays. Mais il faut ajouter que les 3 500 poids lourds (de 12 à 24 tonnes) étaient tous sous contrôle de la Confédération et des grandes entreprises monopolistes de transports qui, dans l'organisation, coexistaient avec le petit propriétaire d'un camion d'avant-guerre. Lors de la grève d'octobre, les camionneurs dissidents essayèrent de fonder leur propre mouvement (MOPARE), et cela malgré les actions de gangstérisme de style Hoffa, menées par la Confédération et ses alliés de Patria y Libertad. En octobre aussi, naquit le Front Patriotique des Professionnels, qui essaya de regrouper des professionnels de gauche.

S'il est vrai que l'épine dorsale de la lutte de masse de la bourgeoise fut le pouvoir grémial dans sa branche patronale technico-professionnelle, il n'en reste pas moins vrai qu'il existait d'autres formes d'action de masse, tout aussi importantes, dans la résistance civique. Les citations du Mercurio reproduites en tête de ces notes en sont un témoignage. Les conseils de quartier, les associations féminines, les fédérations d'étudiants, etc., toutes ces organisations permettent aux divers secteurs de la population de se mobiliser politiquement à partir de leur pratique quotidienne, dans leurs lieux de travail, de loisirs, de ravitaillement. C'est ainsi qu'on opposa les conseils de quartier, contrôlés en grande partie par la droite, et les associations féminines locales, aux JAP (organismes de base du contrôle du ravitaillement et des prix, mis en place par l'UP, à partir de 1972). Au projet de réforme du système d'enseignement secondaire, on opposa les centres d'élèves et les fédérations d'étudiants. La Droite essaya de ne laisser en marge de la mobilisation permanente aucun des secteurs où elle pouvait s'introduire. Lors des grèves générales, sa ligne d'action, était, certes, que le gremio se mobilise et que le gremio mobilise le «peuple», mais dans les longs intervalles qui séparent les actions générales, les autres fronts déterminaient leur propre dynamique selon les circonstances et les événements quotidiens de la lutte des classes.

On n'insistera jamais assez sur l'investissement que constitua pour les forces de la Réaction, la politique de création des organismes de base, sous le régime de Frei. Les mécanismes de participation étaient déjà en place lorsque la droite eut besoin de mobiliser les divers secteurs de la population contre l'Unité Populaire. Le cas le plus notoire est celui des femmes. Le gouvernement de Frei avait institué les centros de madres, sorte d'ouvroirs au niveau du quartier dont le but était de permettre d'intégrer les femmes des milieux populaires à une société «communautaire». En renforçant, sous couvert de la participation féminine, une idéologie conservatrice, ils détournaient les femmes de toute action ou adhésion politique contraires au système. Il fallut attendre le Gouvernement Populaire pour que la bourgeoise hégémonique consente à organiser la mobilisation des femmes. Ne comptant sur aucune organisation spécifique auparavant, elle dut en créer pour encadrer les femmes des couches supérieures et en général les femmes qui n'avaient pas été englobées par les organisations créées jusqu'à ce moment. On ne peut comprendre le succès qui couronna le mouvement de participation des femmes, guidé par la droite, sans se référer aux valeurs spécifiques de la culture dominante chilienne, en ce qui concerne la situation de la femme. Même si la culture dominante est marquée par les valeurs traditionnelles de la féminité, qui consacrent la position inférieure de la femme, dans la pratique celle-ci occupe une place centrale. Le stéréotype qui veut qu'au Chili on ait affaire à un véritable matriarcat n'est pas complètement dépourvu de vérité. La droite sut réactiver avec beaucoup d'habileté toutes ces caractéristiques qui faisaient de la femme un potentiel actif. Dans les manifestations des casserolles, la droite réussit à mobiliser côte à côte la femme de la haute bourgeoise, celle de la petite bourgeoisie, les femmes des centros de madres, et chose inévitable, elle fit aussi converger le lumpen vers ce genre de manifestations. La gauche ne put livrer aucune bataille sérieuse sur le plan féminin, même si dans chaque parti, la question de la femme était agitée et si dans les organisations en place les femmes de gauche réussissaient à déplacer des postes de direction les femmes de la démocratie chrétienne et profitaient de ces centres à leur tour pour les transformer en maillons de la chaîne de mobilisation de la gauche. [7]


Notes:

1. Contrôle général: il s'agit d'un organisme présidé par un contrôleur général nommé à vie, voué en théorie au contrôle fiscal des opérations de l'Etat, mais devenu peu à peu un Etat dans l'Etat. Cf. A. Novoa Monreal, « Chili, le difficile chemin de la légalité ». Paris, Politique Aujourd'hui, 1973, nº 3, pp. 78.

2. Résumé d'une étude en cours des textes sur le pouvoir grémial. parus dans le Mercurio au cours du mois d'octobre 1972.

3. La nouvelle constitution prévue par les généraux doit institutiona-liser les nouvelles forces et créer la nouvelle société à leur image et à leur ressemblance. Voici comment, dans son jargon. Leigh définit ses intentions constitutionnelles: « Pour moi, le grémialisme est ce qui groupe les ouvriers professionnels (sic), les employés, par secteur de spécialité, qui ne défendent rien de plus que leurs revendications sociales, sans négliger la conception (re-sic) et l'appui qu'ils doivent donner à la communauté. Ceux-là sont des grémialistes. Quand j'utilise ce mot, je ne me réfère pas au grémialisme politique. Celui-là c'est l'instrument qu'utilisent les partis politiques pour amasser plus de voix à des fins nettement politicardes. Le véritable grémialisme est celui qui regroupe, dans leur spécialité et dans leur secteur, les travailleurs. Les gremios des transports, de la construction, les collèges professionnels et autres, sont de véritables gremios ». Mais il faut récompenser tous ceux qui ont fait leurs preuves dans la résistance au gouvernement marxiste: «La femme, dans toute la période marxiste, a joué un rôle de premier plan... Elle nous a donné à nous hommes, une véritable leçon. Elle n'a jamais courbé la tête pour accepter ce qu'elle ne voulait pas: elle s'est montrée indomptable et disposée à défendre ce qui était juste. Nous voulons qu'elle participe à l'administration lu pays. Elle jouera un rôle très important, au même titre que les gremios et les forces armées».

4. Sur une forme de pénétration nord-américaine dans les syndicats de transport, voir les révélations contenues dans Hearings before the Committee on Foreign Relations US Senate, 92º Congrès, 2r session. 20. 21 et 23 mars 1972, US Government Printing Office, Washington-1972. Lors de ces débats furent dénoncées les manœuvres du Département d'Etat auprès des syndicats locaux de transports en Equateur, au Paraguay et au Mexique.

Sur le rôle de l'IADSL (ou AIFLD, American Institute for Free Labor Development), cf. les dénonciations faites par les dirigeants syndicaux nord-américains: an analysis of our AFL-CIO rôle in Latin-america, Emergency Committee to Défend Democracy in Chile, San José, California, 1974 ; North American Congress on Latin America (NACLA), « Facing the blockade », Latin America and Empire Report, VII, 1. Sur la pénétration de l'IDF au Chili, Punto Final, Santiago du Chili, 28-11-1969.

5. Traduction du terme espagnol «criollo», qui convient mieux que le terme «national» pour tout ce qui provient de la classe dominante dépendante. Pour une analyse plus récente des groupes qui prêtent leur concours à la junte, cf. notre article « Chili: le fascisme créole en quête d'idéologues », à paraître.

6. Voir à ce propos l'oeuvre critique de Jésus Infante: La prodigiosa aventura del Opus Dei. Genesis y desarrollo de la Santa Mafia, Paris, Ruedo Iberico, 1970.

7. Pour une étude approfondie de la femme chilienne, avant le Régime Populaire, cf. A. et M. Mattelart, La mujer chilena en una nueva sociedad. Un estudio exploratorio acerca de la situation e imagen de la mujer en Chile, Santiago du Chili, 1968, Editorial del Pacífico. Pour une étude de la mobilisation de la femme sous l'Unité Populaire, cf. Vania Bambira: « La mujer chilena en la transición al socialismo », Documentos, Punto Final, Santiago du Chili, nº 133, juin 1971; Michèle Mattelart, Le corporatisme féminin et la contre-révolution, Paris, en préparation. Pour une étude des différentes formes d'organisation populaire, cf. François Delcourt, « Le pouvoir populaire au Chili », Politique Aujourd'hui, Paris, janvier-février 1974. Sur le rôle que joua le Brésil dans cette préparation des mouvements de masse et des campagnes d'opinion publique contre l'Unité Populaire, cf. « Brazilian Connection », par Marlise Simmons. Washington Post, 6-1-1974.


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