Chili, le dossier noir


AVANT-PROPOS

La Junte militaire a confisqué le pouvoir au Chili le 11 septembre 1973 en instaurant la terreur. Terreur physique d'abord, d'une férocité systématique inconnue en Amérique latine. Terreur politique ensuite, institutionnelle, culturelle, professionnelle, syndicale, - il n'est pas un domaine de la vie privée ou publique des Chiliens où ne s'exerce pas la terreur.

Ce dossier noir a pour but de montrer, par des documents et des témoignages, quelques-unes des causes et quelques-uns des effets de cette terreur.

Véritable scandale historique, l'ingérence étrangère pratiquée au Chili par l'impérialisme américain, devant l'indifférence complice du monde entier, est une des causes de la terreur. Celle-ci vient du dehors.

Non moins scandaleuse, l'idéologie antihumaine de la Junte, le «grémialisme», propre à la classe qui détient le pouvoir économique depuis les débuts de la mainmise impérialiste au Chili, est une autre cause de la terreur. Elle vient du dedans.

C'est par la documentation portant sur ces deux aspects du même phénomène - la dépendance totale de tout un peuple - que nous avons commencé ce dossier.

La terreur se manifeste de façon tangible. Nous le prouvons dans les chapitres suivants - assassinats, tortures, arrestations massives, meurtre culturel, « déstructuration » professionnelle, coercition à l'intérieur même de l'armée, complicité de l'Église, terrorisme économique, suppression de toute garantie légale constituent une machine épouvantable dont le but est de détruire tout vestige de socialisme, d'anéantir toute trace de politisation, d'effacer, si possible, tout souvenir de ce qui pour la Junte devrait ne pas entrer dans l'histoire : trois ans de gouvernement populaire.

Il n'était pas nécessaire d'écrire ce livre. Nous, qui l'avons conçu, n'avons fait que tracer le plan d'ensemble dans lequel documents, témoignages et preuves ont trouvé seuls leur place.

Une remarque s'impose. Nous sommes conscients du fait que le contenu de ce dossier pourrait être jugé partiel. En effet, la plupart des documents et témoignages ne concernent qu'une classe sociale privilégiée, la classe de ceux qui, en raison des avantages professionnels, économiques ou particuliers, ont vécu pour raconter leur histoire, sont sortis du pays en sauvant leur vie, ont eu la chance non seulement de pouvoir mais de savoir survivre. La réalité est autre. Les millions d'ouvriers, de paysans et de mineurs qui n'accèdent ni à la page imprimée, ni aux antennes de radio, et s'ils ne sont pas morts, ont subi des tortures, perdu leur travail, se cachent, vivent d'une charité peut-être politisée, et se préparent à faire face au fascisme de la Junte dans la misère, avec un courage dont nous mesurons mal la portée, ces millions de Chiliens sont présents dans ce dossier entre les lignes, les pages, les chapitres. Le contenu de ce dossier noir n'est que le sommet visible d'un immense iceberg.

C'est - cela va sans dire - à la libération du peuple chilien que nous verserons la totalité des droits d'auteur de cet ouvrage.

Le collectif


Edición digital del Centro Documental Blest el 07feb02
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